Séjours linguistiques et Brexit : est-ce grave ?


Plus de trois ans ont passé depuis le vote britannique en faveur de la sortie du Royaume-Uni hors de l’Union européenne. Il est possible que le résultat de ce vote finisse par être mis en œuvre, mais ce n’est pas certain. Depuis trois ans, les langues, les plumes et les claviers vont bon train pour essayer d’imaginer les conséquences économiques du maintien ou non de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne pour les douaniers, les commerçants, les industriels, mais aussi pour les écoliers et étudiants. Oui, le domaine de l’enseignement et de l’éducation a aussi une composante économique importante, et provoque des transferts d’argents d’un pays à un autre.

Pourtant, l’éventualité du Brexit n’est pas de nature à changer fondamentalement les données. Comme la Grande-Bretagne de fait pas partie de l’espace Schengen, il y a déjà des contrôles d’identité à la frontière, et ça ne devrait pas changer beaucoup dans le futur, que ce pays sorte de l’Union européenne ou non. La monnaie britannique n’est pas l’euro, et les fluctuations de change ne devraient pas être monstrueusement supérieure après le Brexit : le prix à payer par les parents pour envoyer leur progéniture outre-Manche ne devrait pas varier énormément.


Actualisation du rapport Grin : plus de 7 milliards d’euros partent chaque année vers les îles britanniques.

François Grin est enseignant-chercheur spécialisé en économie des langues. Ce domaine de recherche peut être résumé de la façon suivante: «est-ce que connaître une ou des autres langues est rentable, c'est-à-dire est-ce que ça permet de gagner plus d'argent?». Cette question peut être posée au niveau d'un individu, mais aussi au niveau d'une collectivité, par exemple d'un pays: «est-ce qu'enseigner des langues à l'école est rentable, c'est-à-dire permet un meilleur fonctionnement de l'économie?».

En 2005, suite à une commande du Haut Conseil à l'évaluation de l'école, il a rendu un rapport «L'enseignement des langues étrangères comme politique publique». Ce rapport compare trois scénarios possibles: «laisser faire», comme actuellement avec la domination de l'anglais, «multilinguisme», où les pouvoirs publics choisissent de soutenir l'enseignement de plusieurs langues, et «espéranto», où l'on choisit d'enseigner la langue internationale espéranto.Ce rapport indique en page 9 qu'il y a (en 2004, sur la base de l'Europe des Quinze) un flux financier net des pays européens vers le Royaume-Uni de l'ordre de 10 milliards d'euros, et que ces gains du Royaume-Uni peuvent atteindre 18 milliards d'euros si on y ajoute d'autres effets de la domination de la langue de ce pays.

Par rapport à l'Europe des Quinze de 2004, la population de l'Union européenne est passée de 380 millions à 512 millions19, et 1000 euros de 2004 correspondent à 1212 euros de 2019. On peut donc dire que le flux financier net des pays européens vers le Royaume-Uni doit être de l'ordre de 17 milliards d'euros, par application de la relation flux2019=flux2004*1,212*(512-65)/(380-65), en supposant une population du Royaume-Uni de 65 millions d'habitants. De même, on peut estimer que les gains du Royaume-Uni par rapport à l'Union européenne doivent être de l'ordre de 31 milliards d'euros.

Ce même rapport indique que l'adoption du scénario «espéranto» se traduirait pour la France par une économie de 5,4 milliards d'euros. En actualisant cette somme en 2019, en imaginant que la population française est passée de 62 millions à 67 millions entre 2004 et 2019, l'économie serait de 5,4*1,212*67/62 soit 7 milliards d'euros. On a vu plus haut que la dépense publique actuelle pour l'enseignement des langues est de l'ordre de 10 milliards d'euros, donc du même ordre de grandeur. Dans ce modèle, l'adoption du scénario «espéranto» permettrait d'utiliser l'argent public pour l'enseignement des langues dans d'autres circonstances, par exemple pour la formation professionnelle.


Les séjours et voyages linguistiques constituent des dépenses croissantes, et des transferts d’argents croissants vers les îles britanniques

Depuis 2004, les dépenses pour des séjours linguistiques ont augmenté pour plusieurs raisons. Il est difficile de trouver des chiffres fiables, mais divers documents convergent pour indiquer une augmentation générale des voyages linguistiques, et une concentration croissante des séjours linguistiques vers la Grande-Bretagne.

On peut estimer que le prix d’une semaine est entre 800 et 1800 euros par semaine, et que les séjours durent en général entre une et deux semaines.


Augmentation générale des voyages et séjours linguistiques

Les valeurs numériques varient d’une année à l’autre, en fonction de l’actualité (attentats, change des monnaies…), mais on peut retenir une nette augmentation dans la quinzaine d’années entre 2004 et 2019.

En 2012, l’UNOSEL (Union Nationale des Organisations de Séjours Educatifs, Linguistiques et de Formation en Langues) indiquait une progression de 12,5% de demande de séjours linguistiques adultes et de 3,2 % de demande de séjours linguistiques juniors de janvier 2012 à janvier2013. On notait que les Français envoient leurs enfants de plus en plus jeunes en séjours linguistiques. Alors que la tranche d’âge 14-17 ans restait stables, il y avait une augmentation sensible des demandes pour les 7-12 ans, ainsi qu’un développement des séjours à thème.

Il est vraisemblable que le prix des séjours à thème (Harry Potter, construction de fusées, écologie…) est supérieur à celui des séjours traditionnels.

En 2014, le marché des séjours linguistiques augmentait de 20 à 25 % par an, avec en particulier le développement des séjours linguistiques pour adultes (source : Tourmag, média des pros du tourisme).


Concentration vers les pays anglophones

En 2018, l’UNOSEL indiquait que l’anglais représentait 93 % des séjours linguistiques jeunes, et que les séjours en Grande-Bretagne constituaient 65 % des séjours.

Déjà, en 2014, Tourmag indiquait que l’anglais représentait 80 % des demandes, alors que dix ans auparavant, cette langue ne correspondait qu’à 65 % des ventes.




Conclusion :

Le rapport Grin a quinze ans. En quinze ans, les transferts d’argent de l’Europe continentale, et de la France en particulier, vers la Grande-Bretagne ont nettement augmenté, avec le développement des séjours linguistiques, et le Brexit ne devrait pas changer grand chose.

Le bénéfice pour l’Europe continentale de ces transferts d’argent est faible, voire nul.

Combien de temps encore accepterons-nous de payer cette taxe linguistique ?

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